Il ne s’agit pas ici d’un chantier de restauration comme les autres. Le décor n’est pas endommagé, il est invisible, recouvert d’un aplat de couleur uniforme. Avant même d’intervenir, il a fallu bâtir un protocole scientifique rigoureux — sondages, tests, analyses stratigraphiques — pour apprendre à lire ce qui se cache dessous. Enfin révélés, les fresques peuvent être ensuite restaurées, centimètre carré après centimètre carré, par une équipe d’experts.
1/ Sondages et analyses scientifiques
2/ Découvrement des repeints
3/ Nettoyage et consolidation des fresques
4/ Retouches et restauration des dorures
5/ Protection et mise en valeur finale
La mise au jour des décors du XIXᵉ siècle, recouverts dans les années 1960, représentait un véritable défi : retirer les peintures récentes sans altérer le décor d’origine situé immédiatement en dessous. Une étude de faisabilité menée en 2023, puis une première zone test réalisée en 2024, ont permis de mettre au point et de valider le procédé avant son application à l’ensemble de la chapelle de la Vierge.
Des prélèvements et analyses scientifiques ont tout d’abord permis d’établir la stratigraphie des peintures, c’est-à-dire d’identifier la composition et la succession des différentes couches. Le décor de 1867 est réalisé à la peinture à l’huile sur un enduit de plâtre préparé avec une couche de cire, tandis que les peintures de recouvrement ont été appliquées ultérieurement en plusieurs couches.
Des tests de solubilité ont ensuite démontré qu’une solution à base d’ammoniaque permettait de dissoudre les peintures de recouvrement tout en préservant le décor ancien, beaucoup moins sensible à ce produit. Utilisée à différentes dilutions ou sous forme de gel, elle a permis aux restauratrices de retirer progressivement les couches au pinceau, à l’éponge ou au coton. Ce travail extrêmement minutieux a ainsi fait réapparaître, après plus de soixante ans, les couleurs, les personnages, les inscriptions et les dorures du décor d’origine, avec une attention particulière portée aux éléments les plus fragiles.
Lorsqu’il a fallu installer un échafaudage permettant à l’équipe de restauration de travailler dans de bonnes conditions, plusieurs difficultés se sont présentées. Les échafaudages traditionnels du bâtiment, constitués de pieds, plateaux et tubes métalliques, s’adaptaient mal à la géométrie semi-circulaire des chapelles. De plus, la manipulation de ces éléments métalliques, longs et lourds, dans un environnement à la fois fragile et richement décoré, présentait des risques.
Olivier Raynaud, architecte en charge des travaux de la chapelle, a alors imaginé de revenir à un procédé traditionnel : concevoir et fabriquer un échafaudage entièrement en bois et sur mesure. Celui-ci repose sur seulement quatre pieds afin de limiter son emprise au sol et développe plusieurs niveaux de plateaux de travail épousant au plus près la forme des chapelles. Le bois offre également un meilleur confort de travail, notamment grâce à des planchers pleins et à l’absence de résonance.
Réalisé par l’entreprise de charpente Lofoten, l’ensemble constitue ainsi une sorte d’immense jeu de construction, entièrement démontable et remontable. Propriété du maître d’ouvrage, il peut être déplacé d’une chapelle absidiale à l’autre au fur et à mesure de l’avancement des campagnes de restauration. Cette réalisation renoue ainsi avec un savoir-faire ancien de la charpente : celui du fustier, terme aujourd’hui quelque peu oublié désignant l’artisan travaillant et assemblant les pièces de bois.
Ancien élève de Saint-Marc, Olivier Raynaud est architecte depuis 2002, après s’être notamment formé auprès de Michel Morlot, lui-même ancien élève de l’établissement. Il exerce principalement auprès d’une clientèle de particuliers, avec une part importante de son activité consacrée à la rénovation et aux projets à forte composante patrimoniale. Resté très attaché au Centre Saint-Marc à travers différents engagements associatifs, (Anciens Élèves, Fondation Saint-Marc) il intervient également à titre professionnel depuis 2008 pour accompagner et conduire les travaux de restauration de la chapelle. Depuis 2025, il est président de l’Association Foncière de Lyon et du Rhône (AFLR), propriétaire des lieux. À ce titre, il poursuit aujourd’hui son engagement en faveur de la préservation et de la mise en valeur de la chapelle, notamment à travers l’important chantier de restauration de ses décors peints.
Caroline Snyers est diplômée du master de conservation-restauration des biens culturels de Paris I Sorbonne depuis 2000. Elle restaure des tableaux, des peintures marouflées et des décors peints. Elle intervient principalement dans le domaine public des collections des monuments historiques et des musées. Après avoir exercé son métier pendant 5 ans à Paris, elle a installé son atelier à Crémieu (Isère) en 2005. Son activité s ‘équilibre entre missions d’études et marchés de travaux. Elle aime le travail de groupes qui permet de synthétiser les compétences de chacun et de chacune pour diagnostiquer les éléments décoratifs d’un édifice ou restaurer un bien culturel. Sa qualification au niveau 7 et son adhésion à la fédération française de la conservation-restauration bio a permis de constituer un réseau de collaborateurs/trices réguliers dans des spécialités complémentaires (sculptures, dorures, arts graphiques, textiles…) permettant de répondre précisément aux demandes d’études et aux marchés de travaux partout en France.
Lydiane Chomienne, Pauline Muller-Nitot, Joachim Benedris et Philippe Boulet constituent autour de Caroline Snyers une équipe de spécialistes qui, depuis deux ans, intervient sur ce chantier. Leur connaissance du chantier dans la durée leur permet d’améliorer au fur et à mesure l’efficacité des procédés employés et de les adapter pour un meilleur résultat. En plus de leur travail de restauration, ils transmettent leur passion aux élèves de l’établissement ou aux visiteurs de passage qui s’intéressent au chantier, lors de journées de médiation comme les journées du Patrimoine.
L’Association Foncière de Lyon et du Rhône (AFLR) est propriétaire des bâtiments du lycée situés rue Sainte-Hélène. Elle veille à leur entretien et à leur évolution afin de permettre au Centre Saint-Marc de remplir sa mission pédagogique dans les meilleures conditions. Composée majoritairement d’anciens élèves, l’association porte également une attention particulière à la préservation du patrimoine exceptionnel de l’établissement. Depuis plus de vingt ans, elle mène ainsi une importante campagne de restauration et de mise en valeur de la chapelle. Depuis 2003, de nombreux chantiers ont été engagés : réfection de la nef, relevage de l’orgue, réfection des toitures, renouvellement de l’éclairage, restauration de la grande rosace et, plus récemment, mise au jour et restauration des décors peints des chapelles absidiales. Une démarche menée dans la durée, avec l’idée de préserver, restaurer et transmettre ce patrimoine remarquable aux générations futures.
Professeur de philosophie de formation, Olivier Hautier a enseigné pendant une quinzaine d’années, notamment à l’Institution des Chartreux à Lyon, avant de s’orienter vers la direction d’établissements scolaires. Après avoir dirigé l’Institution Jeanne-d’Arc de Tarbes puis l’établissement Saint-Joseph de Reims, il est depuis 2025 directeur général du Centre Saint-Marc et chef d’établissement du Lycée Saint-Marc. Attaché à la tradition éducative jésuite et à la transmission du patrimoine des établissements dont il a la responsabilité, il accompagne aujourd’hui les différents projets du Centre Saint-Marc, parmi lesquels la préservation et la mise en valeur de sa chapelle.
La restauration des décors peints des cinq chapelles absidiales représente un projet ambitieux, qui nécessite des moyens importants et doit nécessairement s’inscrire dans la durée. Évalué en 2024 à plus de 360 000 euros, le coût global de cette restauration ne peut être supporté par la seule AFLR, dont les moyens doivent également être consacrés à sa mission première : la conservation et l’évolution des bâtiments du Centre Saint-Marc.
Ce chantier patrimonial ne peut donc se poursuivre qu’avec le soutien de toutes celles et ceux qui sont attachés à Saint-Marc et à son projet éducatif : anciens élèves, parents d’élèves, anciens professeurs et amis de l’établissement, mais aussi plus largement des Lyonnais soucieux de préserver leur patrimoine. Plusieurs mécènes ont déjà rejoint le projet et apporté un soutien financier déterminant.
De nouvelles contributions restent aujourd’hui indispensables pour permettre la poursuite des travaux et atteindre notre objectif : achever la restauration des cinq chapelles à l’horizon 2030.
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Nous n’avons révélé qu’un cinquième de cette histoire. Derrière chaque aplat de peinture attend un pan entier du décor d’origine. Aidez-nous à découvrir toute l’histoire des fresques de Saint-Marc.
Caroline Snyers, restauratrice